Une vie avec Alexandra David-Néel – Fred Campoy et Mathieu Blanchot

Connaissez vous Alexandra David-Néel ? Moi non, je ne connaissais pas du tout cette grande dame et en découvrant sa vie et ses exploits, je me demande encore comment j’ai pu passer à côté. La place qu’on donne aux femmes dans l’histoire n’est décidément pas à la hauteur de toutes ces héroïnes oubliées.

Alexandra David-Néel était une exploratrice orientaliste, féministe, anarchiste, théosophe, cantatrice, écrivaine et journaliste… Rien que ça. Elle a parcouru l’orient au début de XXe siècle, à une époque où les occidentaux n’étaient pas les bienvenus, et les femmes encore moins. Elle fût la première femme occidentale, et le premier explorateur tout court, à pénétrer dans Lhassa, après une marche de plus de 2000km. Ce qui lui valu à l’époque une renommée internationale. De ses exploits elle a écrit 27 livres.

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C’est donc à travers une très belle BD en deux tomes, que Fred Campoy et Mathieu Blanchot nous racontent la vie de cette grande dame. Le récit démarre en 1959 alors qu’Alexandra David-Néel recherche une jeune assistante. De là nous suivrons son quotidien aux côté de Marie-Madeleine Peyronnet, entrecoupé de flashs back relatant ses exploits passés.

Si j’ai d’abord été un peu surprise et déroutée par ce choix de narration, regrettant qu’on ne se focalise pas plus sur ses exploits passés, j’ai finalement été totalement séduite et j’ai dévoré les livres. L’histoire de cette vieille dame et de sa jeune assistante est très touchante, et elles méritent autant l’une que l’autre d’être mises en lumière. Les grands exploits n’ont finalement d’intérêt que si on peut les partager et les transmettre, c’est ce que cette histoire d’amitié hors norme nous rappelle également. Une très belle BD, historiquement passionnante et humainement très touchante qui ne donne envie que d’en découvrir encore plus, je vous la recommande chaudement.

 

 

 

 

 

 

On n’est pas des poupées – Delphine Beauvois et Claire Cantais

Je continue sur ma lancée, après l’article sur les culottées que je recommande à absolument TOUTES les femmes dès l’adolescence (et aux hommes et jeunes garçons aussi d’ailleurs) je suis tombée par hasard à la médiathèque, sur un chouette livre destiné cette fois aux petites filles, dont le titre m’a de suite interpellé : On n’est pas des poupées.

« On n’est pas des poupées » est un livre très graphique, plus d’illustrations que de texte, ce qui est parfait pour le jeune public. Les illustrations sont riches et le choix des mots percutant, mais tout en humour : « Du rose pour les filles ? Beurk c’est la couleur des saucisses! » On détourne les stéréotypes habituels avec finesse et humour en encourageant les petites filles à ne pas se sentir obligées d’être ce qu’on leur inspire le plus généralement.

Le livre se termine sur une double page de très courts portraits de féministes telles que Louise Michel ou Rosie la riveteuse, pour n’en citer que deux. Un superbe livre pour insuffler un vent de liberté aux petites filles.

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Comme je dois souvent l’expliquer lorsque j’aborde mes positions « féministes » et mon combat contre l’éducation genrée, il n’est nullement question d’interdire aux petites filles de jouer à la poupée ou d’imposer aux petits garçons de le faire. Imposer un système de représentation à la place d’un autre serait tout aussi absurde. La seule chose que je souhaite c’est qu’on laisse les enfants suivre leur propre voie sans les inciter dès l’enfance dans des parcours genrés tout tracés. Car malheureusement parce qu’aujourd’hui la culture dominante veut qu’on habille les petites filles en rose et qu’on leur raconte des histoires de princesse dès le plus jeune âge, pendant qu’on offre des camions de pompiers aux petits garçons, il est important que ce genre de livre existe pour montrer aux petites filles que d’autres voies sont possibles et qu’elles peuvent être ce qu’elles veulent et qui elles veulent. Etre une princesse glitter, une super héroïne badass ou une inventrice de génie, peu importe, tant que ce choix est réellement le leur. D’ailleurs l’idée ce serait même de leur apprendre qu’elles peuvent être tout ça en même temps si elles veulent, qu’elles n’ont à se limiter et s’enfermer dans rien.

« On n’est pas des poupées » fait d’ailleurs partie d’une chouette collection : Jamais trop tôt pour lutter contre les stéréotypes aux Editions la Ville brûle que je vous invite à découvrir.

DIY – T-shirt « We should all be feminists »

Il y a quelques temps je suis tombée sur un article DIY de Madmoizelle pour réaliser un T-shirt, inspiré visiblement d’un modèle hyper cher et dont je n’avais absolument jamais entendu parler. (Accessoirement c’est aussi le titre du livre de Chimamanda Ngozi Adichie) We Should all be feminists, traduction : Nous devrions tous être féministes. J’ai aimé son livre (très court, vendu 2e chez Folio, je vous invite à le lire) et je partage totalement le sens de cette phrase. Le féminisme ne devrait pas être une revendication, une opinion, mais juste un état de fait normal. C’était donc l’occasion parfaite pour moi, de tester le thermocollant, que je n’avais jamais essayé encore.

Je ne vais pas faire de copier/coller de tuto, je vous invite à visiter le blog de la demoiselle qui l’a créé The Camélia, si ça vous tente d’essayer aussi.

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Mon T-Shirt 

Mes petites remarques et conseils : Si vous vous lancez, préférez un T-Shirt un peu ample, ainsi si vous avez des petits décalages dans vos lettres, avec les plis naturels du vêtement, ça se verra moins. La découpe des lettres est un travail minutieux et long, très long ! Faites le donc dans un lieu calme, avec au moins deux bonnes heures devant vous, histoire de prendre le temps sans vous stresser, j’ai personnellement du recommencer plusieurs lettres. C’est un travail de patience et de finesse, mais rien d’insurmontable. Si vous avez des questions, n’hésitez pas.

 

 

 

Les culottées – Pénélope Bagieu

Aujourd’hui je viens vous parler d’un très beau livre que j’ai dévoré et qui m’a totalement conquis, à tous points de vue. J’avais rapidement entendu parler des Culottées à la sortie du premier tome et si le concept m’avais interpellé, le livre étant un peu cher et ne connaissant pas beaucoup son auteure, je n’avais pas donné suite.

En effet pour moi Pénélope Bagieu, c’était « juste » l’auteure de Joséphine, une BD que j’avais emprunté « pour voir » à la médiathèque et qui m’avait laissé assez indifférente. Je n’avais pas accroché à l’univers, ça arrive. Et puis un jour Cadavre exquis a débarqué à la médiathèque et cette fois, ça m’a parlé. J’ai beaucoup aimé cette BD que j’ai lu d’une traite. Le graphisme, la narration, l’histoire déjà teintée de féminisme, je l’ai trouvé très chouette. Mais c’était tout ce que proposait la médiathèque et j’en suis restée là. Entre temps j’ai déménagé et Oh joie j’ai découvert il y a peu, que les deux tomes des Culottées étaient disponibles dans la nouvelle médiathèque de ma ville. Je les ai réservé et c’est le tome 2 qui a atterri dans mes mains en premier et dont je vais vous parler. Je viendrai compléter lorsque j’aurai lu le premier.

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Les Culottées tome 2, met en avant des femmes de l’ombre aux destins pourtant extraordinaires, dans des domaines tous différents. J’ai découvert la plupart de ces femmes et chaque histoire ou presque, m’a pris aux tripes et touché en plein coeur. Des débuts de vie souvent compliqués voir même tragiques, de la résilience, de la force, de la determination à toutes épreuves et contre tous, sont les points communs de toutes ces femmes, malgré des univers, pays ou encore milieux sociaux totalement différents. Musiciennes, volcanologue, combattante, astronaute… Les portraits sont courts mais intensément vivants, l’essence de chaque femme est parfaitement retranscrit, chaque portrait nous donne envie d’en savoir plus et c’est bien la preuve que la BD rempli parfaitement sa fonction de mise en lumière de ces femmes. La narration tout comme les illustrations sont parfaites, on s’immerge totalement dans chaque histoire et il est difficile d’en ressortir indifférent.

En plus de mettre en lumière ces destins méconnus, Penelope Bagieu, par son choix de femmes qui ont toutes eu un impact considérable dans leur pays ou leur discipline, nous rappelle par des temps où les droits des femmes menacent de faire marche arrière, l’importance de ne jamais baisser la garde et de continuer à lutter pour que les droits des femmes non seulement continuent d’évoluer mais aussi ne régressent pas. Je la cite :  Le jour (où j’ai compris que j’étais féministe est le jour) où j’ai réussi à être fière de ce mot en l’assumant et le revendiquant. Ce mot est considéré comme diabolique. On l’associe à l’hystérie, l’anti-mecs. Être féministe, ce n’est pas être contre les hommes, c’est simplement vouloir l’égalité entre hommes et femmes. Dire qu’on est féministe n’est pas une honte. C’est un travail de pédagogie. Les femmes sont très fortes. Il faut que les filles qui grandissent soient fières de dire “Je suis féministe”.  »

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Etre féministe ne devrait pas être considéré comme une opinion ou une revendication, cela devrait être une attitude naturelle. Je recommande de tout coeur ces ouvrages.

Edit : J’ai enfin pu lire le premier tome. Il m’a un peu moins pris aux tripes que le tome 2, je sais pas, une question de rythme narratif peut être, les récits me laissant parfois un peu sur ma fin. Mais notons bien que cette remarque existe uniquement parce que le tome 2 m’avait littéralement transporté, et celui là un peu moins. Mais les destins présentés sont toujours tout aussi intéressants et pertinents.

La femme qui fuit – Anaïs Barbeau-Lavalette

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu sa grand-mère maternelle car celle ci a abandonné sa mère lorsqu’elle était enfant, blessure fondamentale, jamais refermée et transmise à sa fille… dont le besoin de comprendre lui deviendra vital. Elle engage une détective privée afin de combler les trous de cette histoire, celle de sa mère, la sienne… De ses recherches elle fera ce roman, sur la vie présumée de sa grand mère.

L’auteure a choisi de raconter l’histoire de son aïeule en s’adressant directement à elle, par le tutoiement. Un ton brut, direct, authentique. C’est avant tout avec elle même, qu’elle la confronte, pour lui faire face seulement en fin de récit. Un roman catharsis né de ce besoin viscéral de comprendre l’incompréhensible, de combler ce qui ne pourra jamais l’être vraiment, pour avancer… Anaïs ne cherche pas ici ni à juger, ni à excuser. Impossible de toutes façons d’enfermer une blessure si profonde et complexe dans des sentiments précis et manichéens. Ici on raconte l’histoire, simplement pour pouvoir la refermer. Anaïs dit au revoir à sa grand mère, referme son histoire et surtout brise enfin les chaînes de sa mère et de cette filiation de femmes blessées. Bien sûr les blessures d’Anaïs et de sa mère ne seront jamais pansées totalement, mais elle ne se transmettront plus. Elles, maintenant, elles avancent ensemble et c’est ce qu’Anaïs veut transmettre.

Anaïs Barbeau-Lavalette aurait pu écrire un livre thérapeutique en ne se concentrant que sur sa propre douleur ou celle de sa mère, mais c’est en remontant les maillons de la chaîne, en revenant à la source, que l’auteure a choisi de le faire. Exprimant par delà les mots la complexité des destins de ses aïeules et de toutes les femmes, de cette génération ou des suivantes, qui pourront s’y retrouver. Une « petite » histoire dans la grande, celles de femmes emprises avec leur histoire familiale et sociale.

Un livre poignant, intensément touchant, à découvrir absolument.

 

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Soeurs volées – Emmanuelle Walter

Le Canada est un pays qui fait rêver. Ses paysages somptueux, sa faune incroyable, sa diversité culturelle, ses villes classées parmi les plus agréables à vivre. Et pourtant c’est bien dans ce pays, à notre époque, que se déroule un féminicide autochtone qu’Emmanuelle Walter est venue mettre en lumière, en nous faisant découvrir l’histoire de deux jeunes amies, Maisy Odjick et Shannon Alexander, disparues en 2008.

A travers la tragique disparition de ces deux jeunes filles, Emmanuelle Walter nous transporte dans son enquête édifiante sur les milliers de femmes autochtones disparues dans une indifférence quasi totale, en quelques décennies. Un livre poignant, revoltant, bouleversant, tant le sort dramatique des femmes autochtones, le déclin qu’elles ont subi à travers l’histoire, l’indifférence qu’elle suscitent, ne devrait laisser indifférent.

« Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans une indifférence quasi totale. Proportionnellement, ce chiffre officiel et scandaleux équivaut à 55 000 femmes françaises ou 7 000 Québécoises. Dans ce récit bouleversant écrit au terme d’une longue enquête, Emmanuelle Walter donne chair aux statistiques et raconte l’histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l’ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008. De témoignages en portraits, de coupures de presse en documents officiels, la journaliste découvre effarée ces vies fauchées. Sœurs volées apporte la preuve que le Canada est bel et bien le théâtre d’un féminicide. »

 

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En nous permettant de découvrir qui étaient Maisy et Shannon, leurs histoires, en donnant la parole à leurs proches dévastés, Emmanuelle Walter rappelle que derrière chaque disparue se cache une histoire et des proches qui la pleurent. Elles étaient femmes, mères, soeurs, filles, amies, voisines… Elles ont été violées, enlevées, torturées, battues, disparues, retrouvées mortes… Elles sont si nombreuses… Un chiffre effroyable à l’image d’une route à laquelle on a même donné le funeste nom de « l’autoroute des larmes ». La situation est connue et pourtant l’indifférence demeure.

« Ainsi elles disparaissent ; ainsi elles meurent. Les filles et femmes autochtones sont des funambules qui avancent sans filet. La violence familiale, la violence dans les communautés, la violence de la rue, la violence sexuelle, la violence raciste, toutes les violences sont susceptibles de s’abattre sur elles et de les faire tomber. »

Face à l’horreur, après l’indignation, perdure alors l’interrogation. Comment un tel féminicide peut-il non seulement exister dans un pays démocratique, mais en plus laisser indifférent. Parce que le sort de tous les peuples autochtones de par le monde et l’histoire, a toujours été le même. Tous les peuples que des colons ont voulu « civiliser » ont toujours fini dans les larmes et le sang, déshumanisés et déchus. Une histoire tragique ne laissant de place qu’à des histoires et des destins tout aussi tragiques, où la misère et la violence se sont installées et dont les femmes sont comme souvent les premières victimes. C’est aussi cette histoire là, que soeurs volées dévoile. la tragédie de l’engrenage, de la déshumanisation, de l’oubli puis de l’indifférence.

« Un féminicide à bas bruit » prenant sa source dans la réalité coloniale. « Quand des femmes meurent par centaines pour l’unique raison qu’elles sont des femmes et que la violence qui s’exerce contre elles n’est pas seulement le fait de leurs assassins mais aussi d’un système ; lorsque cette violence relève aussi de la négligence gouvernementale, on appelle ça un féminicide »

La lueur d’espoir et il faut la soutenir comme un début de feu fragile nécessitant énergies et souffles constants, c’est la voix des peuples autochtones qui résonne de plus en plus. A l’image de ce livre, les énergies s’unissent, des associations, des mouvements émergent de par le monde. Les voix autochtones s’élèvent. De l’indignation est née une volonté de rendre justice aux peuples autochtones, de se réapproprier leur dignité et leur identité, et de faire valoir leurs droits, tout simplement.

Sur le site officiel du livre vous trouverez la liste des organisations de femmes autochtones du Canada. En France Idle No More et le CSIA sont également engagés dans la défense des peuples autochtones des Amériques.

Je termine sur l’extrait du poème bouleversant d’Helen Knott qui conclue le livre, que je vous invite à lire et à faire connaître.

« …On m’a enfin donné les étoiles,
couchée sur les routes de campagne pour les regarder,
dans les caniveaux et les ruelles,
sur les bouts fantomatiques de
sentiers pierreux et oubliés.
Ton immensité
m’avale.
Est-ce que j’entre dans ton champ de vision?
Me vois-tu maintenant, Stephen Harper?
Parce que j’ai l’impression
que tes yeux
font une courbe
autour de moi. »