Soeurs volées – Emmanuelle Walter

Le Canada est un pays qui fait rêver. Ses paysages somptueux, sa faune incroyable, sa diversité culturelle, ses villes classées parmi les plus agréables à vivre. Et pourtant c’est bien dans ce pays, à notre époque, que se déroule un féminicide autochtone qu’Emmanuelle Walter est venue mettre en lumière, en nous faisant découvrir l’histoire de deux jeunes amies, Maisy Odjick et Shannon Alexander, disparues en 2008.

A travers la tragique disparition de ces deux jeunes filles, Emmanuelle Walter nous transporte dans son enquête édifiante sur les milliers de femmes autochtones disparues dans une indifférence quasi totale, en quelques décennies. Un livre poignant, revoltant, bouleversant, tant le sort dramatique des femmes autochtones, le déclin qu’elles ont subi à travers l’histoire, l’indifférence qu’elle suscitent, ne devrait laisser indifférent.

« Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans une indifférence quasi totale. Proportionnellement, ce chiffre officiel et scandaleux équivaut à 55 000 femmes françaises ou 7 000 Québécoises. Dans ce récit bouleversant écrit au terme d’une longue enquête, Emmanuelle Walter donne chair aux statistiques et raconte l’histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l’ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008. De témoignages en portraits, de coupures de presse en documents officiels, la journaliste découvre effarée ces vies fauchées. Sœurs volées apporte la preuve que le Canada est bel et bien le théâtre d’un féminicide. »

 

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En nous permettant de découvrir qui étaient Maisy et Shannon, leurs histoires, en donnant la parole à leurs proches dévastés, Emmanuelle Walter rappelle que derrière chaque disparue se cache une histoire et des proches qui la pleurent. Elles étaient femmes, mères, soeurs, filles, amies, voisines… Elles ont été violées, enlevées, torturées, battues, disparues, retrouvées mortes… Elles sont si nombreuses… Un chiffre effroyable à l’image d’une route à laquelle on a même donné le funeste nom de « l’autoroute des larmes ». La situation est connue et pourtant l’indifférence demeure.

« Ainsi elles disparaissent ; ainsi elles meurent. Les filles et femmes autochtones sont des funambules qui avancent sans filet. La violence familiale, la violence dans les communautés, la violence de la rue, la violence sexuelle, la violence raciste, toutes les violences sont susceptibles de s’abattre sur elles et de les faire tomber. »

Face à l’horreur, après l’indignation, perdure alors l’interrogation. Comment un tel féminicide peut-il non seulement exister dans un pays démocratique, mais en plus laisser indifférent. Parce que le sort de tous les peuples autochtones de par le monde et l’histoire, a toujours été le même. Tous les peuples que des colons ont voulu « civiliser » ont toujours fini dans les larmes et le sang, déshumanisés et déchus. Une histoire tragique ne laissant de place qu’à des histoires et des destins tout aussi tragiques, où la misère et la violence se sont installées et dont les femmes sont comme souvent les premières victimes. C’est aussi cette histoire là, que soeurs volées dévoile. la tragédie de l’engrenage, de la déshumanisation, de l’oubli puis de l’indifférence.

« Un féminicide à bas bruit » prenant sa source dans la réalité coloniale. « Quand des femmes meurent par centaines pour l’unique raison qu’elles sont des femmes et que la violence qui s’exerce contre elles n’est pas seulement le fait de leurs assassins mais aussi d’un système ; lorsque cette violence relève aussi de la négligence gouvernementale, on appelle ça un féminicide »

La lueur d’espoir et il faut la soutenir comme un début de feu fragile nécessitant énergies et souffles constants, c’est la voix des peuples autochtones qui résonne de plus en plus. A l’image de ce livre, les énergies s’unissent, des associations, des mouvements émergent de par le monde. Les voix autochtones s’élèvent. De l’indignation est née une volonté de rendre justice aux peuples autochtones, de se réapproprier leur dignité et leur identité, et de faire valoir leurs droits, tout simplement.

Sur le site officiel du livre vous trouverez la liste des organisations de femmes autochtones du Canada. En France Idle No More et le CSIA sont également engagés dans la défense des peuples autochtones des Amériques.

Je termine sur l’extrait du poème bouleversant d’Helen Knott qui conclue le livre, que je vous invite à lire et à faire connaître.

« …On m’a enfin donné les étoiles,
couchée sur les routes de campagne pour les regarder,
dans les caniveaux et les ruelles,
sur les bouts fantomatiques de
sentiers pierreux et oubliés.
Ton immensité
m’avale.
Est-ce que j’entre dans ton champ de vision?
Me vois-tu maintenant, Stephen Harper?
Parce que j’ai l’impression
que tes yeux
font une courbe
autour de moi. » 

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